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Le parcours d’une Française d’origine chinoise

Le Petit Journal, site web d’actualités à destination de la communauté française en Chine, publie aujourd’hui un article sur le parcours de Christine Leang. L’article est court mais intéressant,  il permet de voir les questions qu’elle s’est posées sur ses origines et le parcours professionnel qu’elle a choisi.

Christine Leang s’est faite connaître dans le monde franco-chinois grâce à la parution en 2013 aux éditions Pacifica de son livre Embarquement pour la Chine. Elle y décrit le parcours de dizaines de Français, connus ou moins connus, partis en Chine des premières guerres de l’opium jusqu’au milieu du XXe siècle.

Elle est actuellement installée à Shanghai, se consacre à l’écriture et au coaching. Si cela vous intéresse, allez voir son site web professionnel : http://www.christineleang.com/

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Apprendre ou ne pas apprendre les caractères ?

J’écris ce message en réponse à certains Français qui souhaitent apprendre le chinois et qui se posent la question d’apprendre ou non les caractères. Ils trouvent que l’on peut très bien se débrouiller avec le seul pinyin (prononciation chinoise écrite en lettres latines), et qu’apprendre 2000 ou 3000 caractères est impossible, demanderait trop de temps. D’autres se posent la question d’abandonner totalement les caractères pour un système uniquement phonétique, comme il a été fait pour le vietnamien par exemple. Voici donc ma réponse à ces questions.

Tout d’abord, il faut se dire que des centaines de millions de Chinois ont bien réussi a apprendre ces caractères qui nous font si peur. Il y a forcément une raison. En effet, les caractères chinois ne sont pas des « dessins » tous différents qu’il faudrait mémoriser. La grande majorité des caractères sont composés de deux parties :
– une qui donne une indication sur la prononciation
– une qui donne une indication sur le sens (elle est appelée « clé » 部首).

Une fois que l’on a dépassé le stade d’apprentissage des bases du chinois (la très importante prononciation, caractères de base, etc.), il devient plus facile d’apprendre de nouveaux mots, car beaucoup sont :
– soit des mots de plusieurs caractères formés avec des caractères connus,
– soit des caractères nouveaux mais formés avec des parties que l’on connait déjà.
Ainsi, il devient plus facile de savoir les écrire et de s’en souvenir.

Pour moi, le chinois n’est pas une langue plus difficile que le français. Par contre, pour un francophone, il est évident que les autres langues européennes sont largement plus simples à apprendre que le chinois, car elles ont une origine commune, une grammaire plus ou moins semblable, etc. Pour un natif chinois n’ayant jamais appris aucune langue latine ni alphabet latin, il lui sera aussi difficile d’apprendre le français que pour nous d’apprendre le chinois. Ce sont deux langues totalement différentes, avec des systèmes d’écriture et de phonétique, des grammaires n’ayant rien à voir, une histoire et une base culturelle différente, etc. C’est normal puisqu’il n’y a jamais eu d’interaction entre le chinois et les langues européennes dans l’histoire ancienne (avant la fin du XIXe siècle).

A mon avis, il serait très « égoïste » de notre part de vouloir que la langue chinoise s’adapte à nous et devienne un simple système d’écriture phonétique, juste parce que nos langues le sont. Pourquoi ne ferait-on pas l’inverse ? Pourquoi ne pas transformer nos langues européennes pour les adapter au système d’écriture des caractères chinois ou des kanji japonais ?

Les systèmes d’écriture chinois, latin, grec ou autre sont chacun le reflet de la culture et de la façon de penser des civilisations qui les ont inventés et fait évoluer au fil du temps. Il serait vraiment dommage pour la langue chinoise de lui enlever toute sa richesse, par soucis de « simplification » (ça a déjà été en partie le cas lors de la simplification des caractères en 简体汉字  qui a eu lieu en Chine continentale au début du XXe siècle, c’est d’ailleurs toujours un débat parmi les Chinois, notamment à Taïwan et à Hong Kong où ils utilisent encore les caractères traditionnels 繁体汉字). Les caractères chinois renferment énormément de subtilités, de liens et d’allusions à la pensée traditionnelle chinoise. A mon avis, il n’est pas nécessaire aux primo-apprenants de savoir tout ce qui est caché derrière ces « dessins » que sont les caractères chinois, on peut tout à fait commencer par les apprendre pour ce qu’ils sont, sans se poser de questions. Mais plus on progresse dans l’apprentissage, plus on comprend toute la richesse et la subtilité de cette langue, et plus on est persuadé que ce serait de la folie de vouloir supprimer les caractères !

Actuellement, les écoliers chinois apprennent très jeunes les caractères et le pinyin, ainsi que l’anglais dès le primaire. Ils maîtrisent donc très tôt les deux systèmes d’écriture. Si l’on voulait vraiment que les occidentaux puissent apprendre une langue comme le chinois avec plus de facilité, il faudrait aussi qu’ils commencent très jeunes à apprendre le système des caractères chinois. Car apprendre une langue complètement différente de la sienne à l’âge adulte est beaucoup plus difficile, les capacités d’adaptation du cerveau n’étant plus les mêmes.

Pour les occidentaux, le choix d’apprendre ou non les caractères doit donc se faire en fonction de l’objectif que l’on a :

1) Si l’on veut vraiment apprendre le chinois dans sa globalité afin d’en saisir toutes les richesses et pouvoir comprendre en profondeur la culture et la façon de penser traditionnelle et actuelle des Chinois, il faut être conscient que cela prendra beaucoup de temps et d’énergie. De toute façon, quelle que soit la langue que l’on apprend, si l’on souhaite la comprendre en profondeur, il faut aussi maîtriser la culture, l’histoire, la façon de penser et de vivre de ses locuteurs. C’est l’œuvre de toute une vie, et nécessite une immersion au moins partielle dans la langue et la culture. Un tel investissement produira forcément ses fruits. C’est très enthousiasmant de voir sa progression et sa compréhension du monde chinois au fil du temps. Mais ce n’est pas possible à court terme.

2) Si l’on n’a pas le temps ou le courage de passer plusieurs années à apprendre les caractères, et que notre objectif est surtout la communication directe et rapide avec les Chinois (dans un cadre professionnel par exemple), il est possible de ne pas apprendre les caractères et de se limiter au pinyin. C’est un choix tout à fait compréhensible, car tout le monde ne peut pas maîtriser le chinois dans toute sa complexité… On peut parler tout à fait bien et communiquer sans problème à l’oral en apprenant seulement le pinyin et les tons qui vont avec. Cela paraît plus simple pour nous qui sommes habitués à une langue écrite phonétiquement, et ne sommes pas gênés par les homophones, que l’on peut comprendre dans le contexte de la phrase. Par contre, il faut accepter qu’il sera plus difficile de communiquer par écrit, car les Chinois sont très peu habitués à lire leur langue en pinyin, et encore moins s’il n’y a pas les tons. C’est vraiment une question  d’habitude. Cependant, il y a beaucoup plus d’homophones en chinois qu’en français, cela mène rapidement à des ambigüités lorsqu’on commence à diversifier son vocabulaire et parler de choses complexes.

Voilà pour quelques idées sur la question. N’hésitez pas à donner votre avis ou faire des commentaires. Si vous voulez des précisions, des exemples chinois, etc., n’hésitez pas non plus à me demander. Bon apprentissage du chinois si cela vous intéresse !