Archives pour la catégorie Lectures

L’histoire de Singapour à travers sa bande dessinée

Je viens de terminer la bande dessinée de Sonny Liew sur la vie et l’œuvre de Charlie Chan Hock Chye, célèbre dessinateur singapourien… qui s’avère être la biographie d’un personnage fictif !

Un livre passionnant dans lequel Sonny Liew montre toute la variété de son talent, mis en valeur par la qualité du travail éditorial.

L’ouvrage alterne la narration en bandes dessinées par un Charlie Chan âgé qui revient sur son parcours de dessinateur, avec des planches « originales », affiches et croquis, accompagnés de nombreuses notes rappelant le contexte historique.

En effet, cette BD est une très bonne introduction à l’histoire politique et sociale de Singapour, de l’occupation japonaise à la lutte pour l’indépendance, puis pour la liberté d’expression.

Nous entrons également dans la vie plus intime de Charlie Chan, partageons ses réflexions sur le métier de dessinateur, le plaisir de lire, ou la confrontation de ses idéaux à la réalité économique (comment gagner sa vie grâce à sa passion ?) et politique (l’indépendance et la démocratisation de Singapour)…

« La vie n’est-elle pas un éternel combat
entre nos espoirs et la dure réalité ? »

(p. 292)

Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée, de Sonny Liew, traduit de l’anglais par Françoise Effosse-Roche, éditions Urban Comics, 2017.

Version originale : The Art of Charlie Chan Hock Chy, presented by Sonny Liew, Epigram Books, Singapore, 2015.

Pour en savoir plus…
http://blog.francetvinfo.fr/popup/2017/02/04/la-bd-de-la-semaine-la-biographie-de-charlie-chan-hock-chye-le-celebre-dessinateur-qui-nexistait-pas.html
http://www.bfmtv.com/culture/la-bd-de-la-semaine-sonny-liew-commente-charlie-chan-hock-chye-une-vie-dessinee-1108159.html

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Tokyo Express

a-couvLorsqu’un couple empoisonné au cyanure est découvert au petit matin sur une plage du sud du Japon, tout semble faire penser à un suicide amoureux… sauf un mystérieux ticket de restaurant et le fait que l’homme soit le principal témoin d’une affaire de corruption qui touche un ministère. L’enquête est rapidement classée mais un inspecteur de Tokyo continue ses recherches à propos d’un homme qui semble s’être donné beaucoup de mal pour « fabriquer des témoins »…

Dans Tokyo Express, Seicho Matsumoto nous fait voyager du sud au nord du Japon, les yeux rivés sur les horaires de trains, dans lesquels semble se trouver la clé de ce double meurtre.

Ce polar japonais écrit à la fin des années 1950 est l’un des plus célèbres de l’auteur et de la littérature japonaise contemporaine. La traduction, de bonne qualité, rend sa lecture très agréable. L’intrigue bien ficelée nous amène à une conclusion de l’enquête peu glorieuse pour les institutions japonaises. J’ai quand même trouvé quelques longueurs et répétitions qui semblent écrites pour guider le lecteur, mais qui peuvent vite devenir lassantes… Lire la suite Tokyo Express

Dans la peau d’un pickpoket japonais

a-couvPickpocket, de Nakamura Fuminori, traduit par Myriam Dartois-Ako, est paru en 2013 aux éditions Philippe Picquier. Il avait reçu en 2010 le prix littéraire japonais Kenzaburō Ōe.

J’ai vraiment aimé la lecture de ce roman noir qui nous plonge dans la peau d’un pickpocket expérimenté semblant se satisfaire d’une vie monotone à détrousser les hommes riches dans les transports, avec une agilité hors du commun. Ses techniques pour choisir ses cibles et extraire les porte-feuilles sans qu’elles ne s’en rendent compte sont particulièrement bien décrites et les réflexions personnelles du pickpocket apportent un aspect social et psychologique au récit. En effet, le voleur met un point d’honneur à rendre les portefeuilles à leurs propriétaires en les déposant dans des boîtes postales après avoir subtilisé l’argent.

Cependant, cet équilibre va être bouleversé lorsqu’un yakuza s’intéresse à lui et l’entraine dans des affaires d’une toute autre ampleur… Il n’a alors plus son mot à dire est doit faire profiter la pègre de ses talents de pickpocket, sous une pression qui pèse sur lui à chaque instant.

Malgré la noirceur de l’intrigue, l’analyse psychologique du personnage et la description de cet univers des mis au ban de la société japonaise apportent beaucoup à l’intérêt de ce roman, qui se lit d’une traite.

A lire absolument si ce thème vous intéresse. D’ailleurs, le format poche devrait sortir en début d’année prochaine 🙂

Titre original : 掏摸 (Suri)

La beauté du diable, de Radhika Jha

couv Voici un livre dont je veux absolument parler car je trouve que l’on pourrait trop facilement passer à côté. Le titre rappelle Le diable s’habille en Prada mais à part le sujet qui aborde les vêtements de marque, l’histoire n’a rien à voir avec le roman de Lauren Weisberger. D’ailleurs, le titre original est My beautifil shadow, que je trouve plus à l’image du roman. En lisant la quatrième de couverture, on pourrait penser que ce roman n’aborde que le monde des grandes marques et la superficialité de la mode, mais c’est en réalité une plongée au cœur de la société japonaise, décrite avec beaucoup de finesse, tout autant que les pensées et émotions de la narratrice.

On est ici dans le Japon moderne, où l’on suit une mère au foyer qui nous raconte son histoire. Mariée jeune sans avoir été à l’université, Kayo a une existence sans saveur, entre un mari pris par son travail, des voisins qui l’épient et une mère qui désapprouve son choix de vie, ne lui ayant même pas offert de kimono pour son mariage, comme le veut la tradition. Elle se confie au lecteur, mais on découvre au fil du roman qu’elle s’adresse en réalité à une personne en particulier, lui demandant de ne pas la juger trop sévèrement… Lire la suite La beauté du diable, de Radhika Jha

Le maître des livres

a-couvTout d’abord attirée par la belle couverture de ce manga, je me suis lancée dans la lecture du 1er tome de Le maître des livres, d’Umiharu Shinohara, paru fin août aux éditions Komikku.

L’histoire se passe dans une bibliothèque pour enfants où règne un bibliothécaire hors du commun, aussi abrupt que bon conseiller pour les personnes en mal de lectures… ou tout simplement en mal de vivre !

Ce manga nous plonge dans le quotidien d’une bibliothèque de quartier et nous fait comprendre l’importance d’un bibliothécaire qui sait donner envie de lire aux enfants… et même aux adultes, grâce à la qualité de ses conseils de lecture. Au gré des découvertes des lecteurs de la bibliothèque, on redécouvre nous aussi les grands classiques de littérature jeunesse : La montre musicale, L’île au trésor, Le Prince heureux, Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, et bien d’autres à venir dans les volumes suivants ! Pour s’y repérer, on trouve en fin de volume des notes sur les auteurs et livres cités. La série en est actuellement au tome 8 au Japon. En France, seuls les deux premiers tomes sont parus le 28 août dernier, et un 3ème est à paraître au mois de décembre.

Je recommande vivement la lecture de ce manga à tous les amoureux des livres, qu’ils soient pour enfants ou non !

Le métro de Paris, roman bilingue chinois/français

métroVoici un roman bilingue original écrit par Yao Zhongbin, auteur chinois contemporain, et publié par les éditions You Feng. Il raconte la vie d’un immigré clandestin chinois à Paris qui cherche à se faire sa place dans une société française pas si accueillante… La lecture nous permet de mieux comprendre la difficulté d’intégration des immigrés n’ayant pas fait d’études et ne parlant pas français. On voit les différences culturelles et la distance qui se crée avec la famille et les amis restés en Chine, pour qui l’exil en France représente la réussite.

Le texte en chinois est accompagné de la traduction française de Lisa Carducci en vis-à-vis. Les caractères chinois (simplifiés) sont imprimés dans une police suffisamment large et lisible pour faciliter la lecture par les apprentis sinophones. C’est donc une lecture idéale pour les personnes ayant un niveau de chinois avancé et qui souhaitent pratiquer la lecture tout un lisant un roman au contenu intéressant et varié.

Le narrateur étant un jeune Chinois, le langage utilisé dans le texte est du chinois moderne, très oral, avec de nombreuses expressions d’argot et des allusions à des phénomènes de la société actuelle. Cela peut gêner un peu les lecteurs ayant un vocabulaire plutôt scolaire, mais c’est aussi une bonne façon d’apprendre un langage plus « jeune », utile pour mieux comprendre les discussions sur Internet ou les conversations entre Chinois nés dans les années 1980 et 1990. Et puis, la traduction française est là pour nous donner les clés de compréhension nécessaires…

Le métro de Paris, Yao Zhongbin, Gong Lei (Trad.), Lisa Carducci (Trad.). Editions You Feng, 2013. 25€

Princesse Bari, de Hwang Sok-yong

bariPrincesse Bari est un roman sur l’exil d’une jeune fille qui fuit la famine en Corée du nord, perd la trace de sa famille et se trouve obligée d’émigrer en Chine puis en Grande Bretagne où elle tentera de refaire sa vie loin des siens.

Septième fille d’une famille pauvre, Bari est abandonnée à la naissance mais sauvée et ramenée par leur chienne. Sa grand-mère la nommera Bari en référence à une légende coréenne dans laquelle la dernière née est aussi abandonnée par ses parents et se voit dotée d’une mission de parcourir le monde pour trouver l’élixir qui sauvera son père malade (un joli album a été publié en 2007 racontant cette légende).

Protégée par sa grand-mère qui lui transmettra ses dons de chamanisme, elle survit et tente de fuir la Corée du nord avec sa famille. Elle se retrouve finalement seule et devra faire face à toutes sortes de difficultés lors de son périple, pour continuer à vivre en espérant revoir sa famille un jour. Elle sera prise sous la protection d’une Chinoise qui lui enseignera le massage des pieds, lui permettant ainsi de mieux gagner sa vie et plus tard d’éviter le pire…

Ce roman est à la fois très réaliste, décrivant sans détour les difficultés et horreurs auxquelles Bari est confrontée, mais aussi plein de poésie, notamment par les visions chamaniques de Bari qui lui permettent de rester en contact avec sa grand-mère, de fuir la réalité dans les pires moments et de garder espoir en l’avenir. Mêlant réalité et imaginaire (légendes, chamanisme, visions, parcours initiatique), il nous rappelle que la vie est une succession d’épreuves, que rien n’est jamais acquis définitivement mais qu’il faut tout de même aller de l’avant pour continuer à vivre…

Princesse Bari, de Hwang Sok-yong. Philippe Picquier, 2013.

Le dernier roman de Yu Hua va paraître en français !

00000Le dernier roman de Yu Hua, Le septième jour (第七天 di qi tian), dont je vous parlais déjà en juin 2013, va paraître le 1er octobre prochain en français chez Actes Sud. Il a été traduit par Isabelle Rabut et Angel Pino. Yu Hua n’avait plus publié depuis plusieurs années, c’est donc une traduction très attendue du lectorat français et des sinophiles !!

En attendant, vous pouvez toujours lire (ou relire) ses autres écrits publiés chez Actes Sud : les plus connus étant Vivre 活着 (adapté au cinéma par Zhang Yimou), Brothers 兄弟, Le vendeur de sang 许三观卖血记, La Chine en dix mots 十个词汇的中国, et bien d’autres…

Vous les trouverez en librairie et en bibliothèque, mais aussi (et surtout) à la librairie Le Phénix en VO et en VF !

Plongée du coeur de l’affaire Wang Lijun

couvAprès avoir rencontré Philippe Dessertine au Salon « Saint-Maur en poche », je me suis plongée dans la lecture de son livre Le gué du tigre, au titre énigmatique mais dont on comprend rapidement le sujet en lisant la quatrième de couverture : c’est un « thriller haletant » basé sur la fameuse « affaire Wang Lijun » qui a fait beaucoup de bruit en février 2012. Pour ceux qui ont vaguement entendu parler de cette affaire et qui n’ont pas tout suivi de la chute de Bo Xilai, je vous recommande vivement la lecture de ce récit hors du commun !

En effet, c’est le récit de l’arrivée de Wang Lijun au consulat américain de Chengdu, de son interrogatoire alors que l’armée chinoise encercle le consulat… Tout se passe à huis clos dans les locaux du consulat. On sent monter progressivement la tension tout en comprenant l’importance des révélations que le policier en chef (déchu) de Chongqing a décidé de faire…

Ce texte, écrit comme un thriller, nous tient en halène du début à la fin, entre réalité et fiction, et nous plonge au cœur des luttes intestines du monde politique de la Chine contemporaine. Il est difficile de ne pas en sortir bouleversé par les révélations faites dans ce livre qui se lit d’une traite. L’auteur nous fait toucher du doigt les rouages des luttes de factions, la violence des croisades contre le crime organisé et les sociétés secrètes en Chine, mais aussi la place centrale de la finance dans le monde.

Philippe Dessertine est spécialiste de la finance, professeur à l’Institut des Affaires étrangères de Paris Sorbonne. Le gué du tigre est son troisième livre après Ceci n’est pas une crise (juste la fin d’un monde) et Le monde s’en va en guerre (ne sait quand reviendra). Je vous conseille comme avant-goût la vidéo de la conférence donnée l’année dernière à Bordeaux, où il explique le contexte et les raisons qui l’ont poussé à écrire cet ouvrage.

Les pâtisseries magiques de la Wizard Bakery

couvertureFuyant les mauvais traitements de sa belle-mère, un garçon de 16 ans se réfugie dans la pâtisserie de son quartier, où il découvre que le pâtissier vend sur Internet des gâteaux aux pouvoirs étranges et que la vendeuse Oiseau-bleu n’est pas une jeune fille ordinaire…

Dans son roman Les petits pains de la pleine lune, récemment paru en format poche aux éditions Philippe Picquier, Gu Byeong-mo nous transporte dans un monde où la magie et la réalité s’entremêlent, où chacun doit assumer ses choix et ne pas penser que la magie pourra régler tous ses problèmes.

La lecture de ce court roman est très agréable malgré la dure réalité à laquelle est confronté le jeune narrateur qui n’est pas choyé par sa famille et se voit rejeté par la société à cause de son bégaiement. Son séjour dans cette pâtisserie peu ordinaire lui fera comprendre qu’il vaut mieux affronter ses difficultés plutôt que de les esquiver, et que l’amitié peut l’aider à trouver un sens à sa vie.

J’ai trouvé le sujet et la façon de le traiter très originaux et j’ai particulièrement apprécié le fait que l’auteur ait écrit deux fins possibles à cette histoire, ce qui lui donne de la hauteur au lieu de se terminer sur un lieu commun ou un optimisme excessif.

Je vous en conseille donc vivement la lecture !