Archives pour la catégorie Lectures

Mon fiancé chinois, de Laure Garancher

Je vous ai déjà parlé de la bande dessinée « Opium » de Laure Garancher (ici), mais sa première bande dessinée, publiée en 2013 aux éditions Steinkis est intitulée « Mon fiancé chinois » et retrace l’histoire de trois générations de femmes et d’hommes entre le nord du Vietnam et le sud de la Chine.

L’auteure détaille en particulier les coutumes du mariage et les relations familiales entre différentes communautés. L’histoire commence avec une jeune femme hmong partant pour la Chine suite à un mariage arrangé, qui lui permet de fuir son amour de jeunesse contrarié. Nous découvrons ensuite le parcours de sa mère, sa belle-mère, son mari, son fils et sa petite-fille. On suit et s’attache à tous ces destins qui nous montre des traditions très différentes des nôtres et des personnes qui essaient de s’accommoder à ces vies qu’ils n’ont pas vraiment choisies…

J’avais déjà lu ce roman graphique au moment de sa parution, mais c’était un réel plaisir de la relire maintenant. Quel dommage qu’elle soit épuisée et que l’on ne puisse le trouver que d’occasion…

Intrigues à la cour impériale, cuisine chinoise et archéologie

« L’affaire du cuisiner chinois » vient d’être réédité par les éditions du Rouergue, dans la collection « Rouergue Noir » 🙂

C’est le premier roman de Pascal Vatinel que je lis, alors qu’il a déjà publié quatre romans policiers ayant pour cadre la Chine, ainsi qu’un essai et des contes chinois pour enfants. Je le conseille vivement aux amoureux ou simple curieux de la Chine, de son histoire et de sa gastronomie.

En 2005, des archéologues chinois tombent sur des rouleaux en bambou relatant l’histoire extraordinaire d’un jeune prodige cuisinier invité à la cour des Qi, pendant la période des Royaumes Combattants (du 5e siècle avant JC à -221). S’entremêlent alors l’histoire de cette découverte archéologique, les luttes d’influence dans ce milieu et le récit de ces événements hors du commun qui ont eu lieu dans la Chine d’avant l’unification par le roi des Qin.

Histoires d’amour, complots et exploits militaires, corruption, fidélité et amitiés infaillibles, tout y est pour vous plonger avec plaisir dans cette période peu connue de la Chine !

Ce roman a donc bien sa place aux côtés du maître des romans policiers en Chine ancienne, Robert Van Gulik 😉

Phoolan Devi, reine des bandits

Je ne connaissais pas l’histoire de cette femme indienne hors du commun, ni de ces gangs de bandits qui essayaient de lutter contre les injustices dans l’Inde de la 2e moitié du 20e siècle. Dans un pays où les inégalités sont institutionnalisées par le système de castes, certains se sentent encore plus légitimes pour exploiter et ne faire aucun cas des sentiments, ni des corps ou de la vie des plus faibles…

Cette biographie illustrée de Phoolan Devi par Claire Fauvel est très belle mais évidemment très dure de par la violence et les injustices subies par Phoolan Devi et de tous les autres, femmes et hommes, dominés, exploités, écrasés…

Cette lecture m’a fait beaucoup réfléchir sur le rôle que l’on peut ou souhaite jouer dans nos sociétés. L’envie de justice perdurera toujours chez une partie des gens qui seront prêts à se battre toute leur vie, mais le pouvoir des forts prend souvent le dessus malgré ces combats…
J’admire ceux qui continuent d’y croire et font bouger les choses, à petite ou à grande échelle.

Merci à l’auteur pour son travail et le partage de ce destin hors du commun !

Meurtres à Pékin, de Peter May

Je me suis enfin lancée dans la série chinoise de Peter May…

Bien écrit et très prenant, on retrouve bien la Chine de la fin des années 1990. Les personnages sont hauts en couleurs et on s’attache vite à Margaret, chercheuse américaine spécialisée dans l’autopsie des grands brûlés (le titre original du roman est « The firemaker », ce qui donne un avant-goût des crimes évoqués), ayant atterri à Pékin presque par hasard, et qui restera en échange universitaire pendant 6 semaines. Elle fait de nombreuses maladresses mais se plait assez vite au jeu de la « face » (面子) et du guanxi (关系) qui organise toute la société chinoise. Elle devra travailler malgré elle en collaboration avec l’inspecteur Li, fraîchement promu…

Peter May nous fait sillonner la ville de Pékin, du parc Jingshan au restaurant Quanjude (spécialisé dans le canard laqué)… On est au cœur d’une enquête mais également des relations Chine-USA de l’époque. Il y a beaucoup de parallèles à faire avec les romans de Qiu Xiaolong qui se passent dans le Shanghai de la même période, avec pour protagoniste un jeune inspecteur brillant, ayant des amis éclectiques dont un chef cuisinier 😉

Je trouve le rythme plus soutenu et les personnages plus « rentre-dedans ». C’est assez agréable de voir des caractères bien trempés…
Il me tarde de lire les quatre autres tomes, disponibles dans la collection Babel Noir (c’est ici une vieille édition de France Loisirs, piochée dans les étagères de mes parents ^^) !

Voyage dans le Hong Kong des années 1960

Au croisement de l’album, du carnet de voyage et du documentaire, Miroslav Sasek nous transporte dans le Hong Kong des années 1960, entre tradition et modernité.

Publié en 1965, cet album a été traduit en français aux éditions Casterman en 1967, puis réédité en 2010.

J’aime beaucoup les dessins de l’auteur, comme autant de croquis ou photographies d’instants de la vie des Hongkongais. Beaucoup de choses me rappellent ce que l’on pouvait encore apercevoir par endroit dans la Chine des années 2000…

Une belle invitation au voyage, un peu nostalgique, dans l’espace et dans le temps 🙂

Le destin de deux soeurs dans la Chine des guerres de l’opium

La bande dessinée Opium, de Laure Garancher, nous plonge dans la deuxième moitié du XIXe siècle en Chine, au moment où les Occidentaux vont utiliser l’opium pour affaiblir la Chine et rééquilibrer leur balance commerciale.

Cette bande dessinée raconte l’histoire de deux sœurs dont les destins vont être ballotés par les aléas de cette Histoire avec un grand « H ». L’intrigue est intéressante et bien ficelée. Une des jeunes femmes choisir de se battre pour son pays, alors que sa sœur décide de rester en retrait de l’agitation du monde, dans le calme et la sérénité d’un monastère de montagne…

Graphiquement, j’aime beaucoup le choix des couleurs et le type de papier, qui donne un effet « vieilli » aux dessins. Même si je n’ai pas forcément accroché sur le style des visages, on l’oublie vite par la beauté des scènes représentées, la sérénité qui s’en dégage malgré la gravité des situations et l’impatience de connaître la suite de l’histoire !

Je conseille donc cette bande dessinée à tous ceux qui s’intéressent à la Chine ou qui souhaitent simplement passer un bon moment de lecture, rentrer dans un univers attachant.

Opium, de Laure Garancher, éditions Fei, 2014, 140 pages, 21€

Plus d’informations sur le site de l’éditeur

Du thé pour oublier le bruit du monde

Voici un petit livre au titre très poétique qui vient de sortir aux éditions Espaces et Signes.

ll s’agit d’une compilation d’extraits de l’ouvrage de J-G Houssay (datant de 1843) qui résume les connaissances techniques que les occidentaux avaient à l’époque sur le thé, sa culture, sa préparation, etc. Le texte est illustré de gravures, qui sont un peu petites mais le format poche ne permet pas de faire beaucoup mieux.

Ce petit livre nous replonge dans le XIXe siècle et nous en apprend un peu plus sur la production traditionnelle du thé en Chine.

L’histoire de Singapour à travers sa bande dessinée

Je viens de terminer la bande dessinée de Sonny Liew sur la vie et l’œuvre de Charlie Chan Hock Chye, célèbre dessinateur singapourien… qui s’avère être la biographie d’un personnage fictif !

Un livre passionnant dans lequel Sonny Liew montre toute la variété de son talent, mis en valeur par la qualité du travail éditorial.

L’ouvrage alterne la narration en bandes dessinées par un Charlie Chan âgé qui revient sur son parcours de dessinateur, avec des planches « originales », affiches et croquis, accompagnés de nombreuses notes rappelant le contexte historique.

En effet, cette BD est une très bonne introduction à l’histoire politique et sociale de Singapour, de l’occupation japonaise à la lutte pour l’indépendance, puis pour la liberté d’expression.

Nous entrons également dans la vie plus intime de Charlie Chan, partageons ses réflexions sur le métier de dessinateur, le plaisir de lire, ou la confrontation de ses idéaux à la réalité économique (comment gagner sa vie grâce à sa passion ?) et politique (l’indépendance et la démocratisation de Singapour)…

« La vie n’est-elle pas un éternel combat
entre nos espoirs et la dure réalité ? »

(p. 292)

Charlie Chan Hock Chye, une vie dessinée, de Sonny Liew, traduit de l’anglais par Françoise Effosse-Roche, éditions Urban Comics, 2017.

Version originale : The Art of Charlie Chan Hock Chy, presented by Sonny Liew, Epigram Books, Singapore, 2015.

Pour en savoir plus…
http://blog.francetvinfo.fr/popup/2017/02/04/la-bd-de-la-semaine-la-biographie-de-charlie-chan-hock-chye-le-celebre-dessinateur-qui-nexistait-pas.html
http://www.bfmtv.com/culture/la-bd-de-la-semaine-sonny-liew-commente-charlie-chan-hock-chye-une-vie-dessinee-1108159.html

Tokyo Express

a-couvLorsqu’un couple empoisonné au cyanure est découvert au petit matin sur une plage du sud du Japon, tout semble faire penser à un suicide amoureux… sauf un mystérieux ticket de restaurant et le fait que l’homme soit le principal témoin d’une affaire de corruption qui touche un ministère. L’enquête est rapidement classée mais un inspecteur de Tokyo continue ses recherches à propos d’un homme qui semble s’être donné beaucoup de mal pour « fabriquer des témoins »…

Dans Tokyo Express, Seicho Matsumoto nous fait voyager du sud au nord du Japon, les yeux rivés sur les horaires de trains, dans lesquels semble se trouver la clé de ce double meurtre.

Ce polar japonais écrit à la fin des années 1950 est l’un des plus célèbres de l’auteur et de la littérature japonaise contemporaine. La traduction, de bonne qualité, rend sa lecture très agréable. L’intrigue bien ficelée nous amène à une conclusion de l’enquête peu glorieuse pour les institutions japonaises. J’ai quand même trouvé quelques longueurs et répétitions qui semblent écrites pour guider le lecteur, mais qui peuvent vite devenir lassantes… Lire la suite Tokyo Express

Dans la peau d’un pickpoket japonais

a-couvPickpocket, de Nakamura Fuminori, traduit par Myriam Dartois-Ako, est paru en 2013 aux éditions Philippe Picquier. Il avait reçu en 2010 le prix littéraire japonais Kenzaburō Ōe.

J’ai vraiment aimé la lecture de ce roman noir qui nous plonge dans la peau d’un pickpocket expérimenté semblant se satisfaire d’une vie monotone à détrousser les hommes riches dans les transports, avec une agilité hors du commun. Ses techniques pour choisir ses cibles et extraire les porte-feuilles sans qu’elles ne s’en rendent compte sont particulièrement bien décrites et les réflexions personnelles du pickpocket apportent un aspect social et psychologique au récit. En effet, le voleur met un point d’honneur à rendre les portefeuilles à leurs propriétaires en les déposant dans des boîtes postales après avoir subtilisé l’argent.

Cependant, cet équilibre va être bouleversé lorsqu’un yakuza s’intéresse à lui et l’entraine dans des affaires d’une toute autre ampleur… Il n’a alors plus son mot à dire est doit faire profiter la pègre de ses talents de pickpocket, sous une pression qui pèse sur lui à chaque instant.

Malgré la noirceur de l’intrigue, l’analyse psychologique du personnage et la description de cet univers des mis au ban de la société japonaise apportent beaucoup à l’intérêt de ce roman, qui se lit d’une traite.

A lire absolument si ce thème vous intéresse. D’ailleurs, le format poche devrait sortir en début d’année prochaine 🙂

Titre original : 掏摸 (Suri)