Archives pour la catégorie Romans

Dans la peau d’un pickpoket japonais

a-couvPickpocket, de Nakamura Fuminori, traduit par Myriam Dartois-Ako, est paru en 2013 aux éditions Philippe Picquier. Il avait reçu en 2010 le prix littéraire japonais Kenzaburō Ōe.

J’ai vraiment aimé la lecture de ce roman noir qui nous plonge dans la peau d’un pickpocket expérimenté semblant se satisfaire d’une vie monotone à détrousser les hommes riches dans les transports, avec une agilité hors du commun. Ses techniques pour choisir ses cibles et extraire les porte-feuilles sans qu’elles ne s’en rendent compte sont particulièrement bien décrites et les réflexions personnelles du pickpocket apportent un aspect social et psychologique au récit. En effet, le voleur met un point d’honneur à rendre les portefeuilles à leurs propriétaires en les déposant dans des boîtes postales après avoir subtilisé l’argent.

Cependant, cet équilibre va être bouleversé lorsqu’un yakuza s’intéresse à lui et l’entraine dans des affaires d’une toute autre ampleur… Il n’a alors plus son mot à dire est doit faire profiter la pègre de ses talents de pickpocket, sous une pression qui pèse sur lui à chaque instant.

Malgré la noirceur de l’intrigue, l’analyse psychologique du personnage et la description de cet univers des mis au ban de la société japonaise apportent beaucoup à l’intérêt de ce roman, qui se lit d’une traite.

A lire absolument si ce thème vous intéresse. D’ailleurs, le format poche devrait sortir en début d’année prochaine 🙂

Titre original : 掏摸 (Suri)

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La beauté du diable, de Radhika Jha

couv Voici un livre dont je veux absolument parler car je trouve que l’on pourrait trop facilement passer à côté. Le titre rappelle Le diable s’habille en Prada mais à part le sujet qui aborde les vêtements de marque, l’histoire n’a rien à voir avec le roman de Lauren Weisberger. D’ailleurs, le titre original est My beautifil shadow, que je trouve plus à l’image du roman. En lisant la quatrième de couverture, on pourrait penser que ce roman n’aborde que le monde des grandes marques et la superficialité de la mode, mais c’est en réalité une plongée au cœur de la société japonaise, décrite avec beaucoup de finesse, tout autant que les pensées et émotions de la narratrice.

On est ici dans le Japon moderne, où l’on suit une mère au foyer qui nous raconte son histoire. Mariée jeune sans avoir été à l’université, Kayo a une existence sans saveur, entre un mari pris par son travail, des voisins qui l’épient et une mère qui désapprouve son choix de vie, ne lui ayant même pas offert de kimono pour son mariage, comme le veut la tradition. Elle se confie au lecteur, mais on découvre au fil du roman qu’elle s’adresse en réalité à une personne en particulier, lui demandant de ne pas la juger trop sévèrement… Lire la suite La beauté du diable, de Radhika Jha

Princesse Bari, de Hwang Sok-yong

bariPrincesse Bari est un roman sur l’exil d’une jeune fille qui fuit la famine en Corée du nord, perd la trace de sa famille et se trouve obligée d’émigrer en Chine puis en Grande Bretagne où elle tentera de refaire sa vie loin des siens.

Septième fille d’une famille pauvre, Bari est abandonnée à la naissance mais sauvée et ramenée par leur chienne. Sa grand-mère la nommera Bari en référence à une légende coréenne dans laquelle la dernière née est aussi abandonnée par ses parents et se voit dotée d’une mission de parcourir le monde pour trouver l’élixir qui sauvera son père malade (un joli album a été publié en 2007 racontant cette légende).

Protégée par sa grand-mère qui lui transmettra ses dons de chamanisme, elle survit et tente de fuir la Corée du nord avec sa famille. Elle se retrouve finalement seule et devra faire face à toutes sortes de difficultés lors de son périple, pour continuer à vivre en espérant revoir sa famille un jour. Elle sera prise sous la protection d’une Chinoise qui lui enseignera le massage des pieds, lui permettant ainsi de mieux gagner sa vie et plus tard d’éviter le pire…

Ce roman est à la fois très réaliste, décrivant sans détour les difficultés et horreurs auxquelles Bari est confrontée, mais aussi plein de poésie, notamment par les visions chamaniques de Bari qui lui permettent de rester en contact avec sa grand-mère, de fuir la réalité dans les pires moments et de garder espoir en l’avenir. Mêlant réalité et imaginaire (légendes, chamanisme, visions, parcours initiatique), il nous rappelle que la vie est une succession d’épreuves, que rien n’est jamais acquis définitivement mais qu’il faut tout de même aller de l’avant pour continuer à vivre…

Princesse Bari, de Hwang Sok-yong. Philippe Picquier, 2013.

Le dernier roman de Yu Hua va paraître en français !

00000Le dernier roman de Yu Hua, Le septième jour (第七天 di qi tian), dont je vous parlais déjà en juin 2013, va paraître le 1er octobre prochain en français chez Actes Sud. Il a été traduit par Isabelle Rabut et Angel Pino. Yu Hua n’avait plus publié depuis plusieurs années, c’est donc une traduction très attendue du lectorat français et des sinophiles !!

En attendant, vous pouvez toujours lire (ou relire) ses autres écrits publiés chez Actes Sud : les plus connus étant Vivre 活着 (adapté au cinéma par Zhang Yimou), Brothers 兄弟, Le vendeur de sang 许三观卖血记, La Chine en dix mots 十个词汇的中国, et bien d’autres…

Vous les trouverez en librairie et en bibliothèque, mais aussi (et surtout) à la librairie Le Phénix en VO et en VF !

Les pâtisseries magiques de la Wizard Bakery

couvertureFuyant les mauvais traitements de sa belle-mère, un garçon de 16 ans se réfugie dans la pâtisserie de son quartier, où il découvre que le pâtissier vend sur Internet des gâteaux aux pouvoirs étranges et que la vendeuse Oiseau-bleu n’est pas une jeune fille ordinaire…

Dans son roman Les petits pains de la pleine lune, récemment paru en format poche aux éditions Philippe Picquier, Gu Byeong-mo nous transporte dans un monde où la magie et la réalité s’entremêlent, où chacun doit assumer ses choix et ne pas penser que la magie pourra régler tous ses problèmes.

La lecture de ce court roman est très agréable malgré la dure réalité à laquelle est confronté le jeune narrateur qui n’est pas choyé par sa famille et se voit rejeté par la société à cause de son bégaiement. Son séjour dans cette pâtisserie peu ordinaire lui fera comprendre qu’il vaut mieux affronter ses difficultés plutôt que de les esquiver, et que l’amitié peut l’aider à trouver un sens à sa vie.

J’ai trouvé le sujet et la façon de le traiter très originaux et j’ai particulièrement apprécié le fait que l’auteur ait écrit deux fins possibles à cette histoire, ce qui lui donne de la hauteur au lieu de se terminer sur un lieu commun ou un optimisme excessif.

Je vous en conseille donc vivement la lecture !

Cuisiner pour le bonheur des autres et de soi-même

ogawa
Le restaurant de l’amour retrouvé, d’Ogawa Ito, publié aux éditions Philippe Picquier

Dans Le restaurant de l’amour retrouvé, tout commence par un abandon. Rinco, jeune japonaise de 25 ans, se retrouve sans rien après le départ inopiné de son petit-ami indien et n’a pas d’autre choix que de revenir habiter chez sa mère, avec qui elle ne s’est jamais vraiment entendu. Ce choc lui fait perdre la voix mais sera l’occasion d’un nouveau départ. Elle décide de monter un restaurant dans ce petit village de montagne et de mettre ses talents de cuisine à profit pour concocter des repas sur commande, ne servant qu’une seule table à la fois, après avoir longuement discuté avec ses clients pour savoir ce qui leur ferait réellement plaisir. Choisissant des aliments de premier choix, venant de la forêt voisine ou produits localement, elle émerveille ses clients et leur redonne goût à la vie.

Beaucoup de choses s’entremêlent dans ce livre : la déception amoureuse, les relations entre mère et fille, entre grand-mère et petite fille, l’amour de la cuisine, des choses bien faites, des bons produits, le don de soi, le partage d’expérience, l’harmonie avec la nature, l’importance de la parole pour faire passer ses émotions, les mythes de l’enfance… Lire la suite Cuisiner pour le bonheur des autres et de soi-même

Lecture croisée : La submersion du Japon et la disparition de la Manche

japonIl y a quelques temps, j’avais lu le roman d’anticipation du Japonais Komatsu Sakyo, La submersion du Japon. Publié dans les années 1970 au Japon, ce roman imagine des mouvements géologiques sous-marins qui auraient pour conséquence la disparition par submersion de l’archipel du Japon en quelques années seulement.

Ce roman m’a beaucoup plu car il est très réaliste et peu catastrophiste, il décrit comment un chercheur fou découvre progressivement le phénomène en cours et comment un projet d’étude à grande échelle est mis en place, tout en essayant de le dissimuler pour éviter la confusion et le désordre total dans tout le Japon. Beaucoup de détails sont évoqués sur la façon dont les gens font face à la situation, entre le chercheur qui veut observer jusqu’au bout malgré le danger, les trafiquants d’art qui anticipent des acquisiitons d’oeuvres rares, le politicien qui part négocier avec l’Australie pour qu’elle accueille plus de réfugiés, l’homme qui règne dans l’ombre sur le Japon et décide de disparaitre avec lui, et bien d’autres portraits à la fois imaginatifs et réalistes. Les détails scientifiques et sociologiques rendent une telle catastrophe crédible et l’on suit son développement avec beaucoup de curiosité.

La conclusion de l’ouvrage est très patriotique avec des Japonais qui ont choisi de mourir avec leur pays et d’autres qui choisissent l’exil afin de faire survivre l' »âme du Japon » envers et contre tout.

évènementC’est cette belle découverte qui m’a donné envie de me lancer dans un autre roman d’anticipation autant que de science fiction, mais situé dans une tout autre région et à une autre époque : Le formidable évènement, écrit par Maurice Leblanc en 1920 et republié début 2013 par Gallimard dans la collection Folio Science Fiction. Le père d’Arsène Lupin imagine dans ce livre que des mouvements tectoniques et des jeux de failles font remonter toute une partie des sols du fond de la Manche, ayant pour conséquence de relier la France à la Grande-Bretagne. Cette fois-ci, il ne s’agit pas de la disparition d’un pays mais de l’apparition de nouvelles terres, avec son lot d’épaves regorgeant potentiellement de trésors. On suit dans ce roman la véritable épopée d’un Français qui cherche à conquérir le coeur de sa dulcinée en réalisant des exploits dignes des grands découvreurs. Ce no man’s land récemment émergé, où les rivières sont en train de refaire leur lit, sera le lieu de combats entre groupes de vagabonds à la recherche d’une source d’or dont tout le monde parle. A mi-chemin entre la ruée vers l’or dans l’ouest américain et les histoires de pirates, ce roman n’aura finalement pas grand chose à voir avec celui de Komatsu Sakyo. Ici, on suit un héro en quête d’aventures et non pas une description de la façon dont une société s’organise face à la disparition imminente de son territoire.

Cependant, certains éléments se retrouvent dans les deux ouvrages, notamment l’arrivée progressive d’une catastrophe de grande ampleur, dont les premiers signes sont des éruptions sous-marines, des tremblements de terre et la disparition de navires en mer. On remarque aussi dans les deux romans la figure du chercheur extravagant qui grâce aux fruits de ses recherches isolées avait prédit le phénomène avant tout le monde, mais restait incompris. De même, ces deux auteurs nous embarquent chacun dans leur histoire avec un suspense et des péripéties qui gardent le lecteur en halène du début à la fin…

Finalement, ces romans se terminent à l’opposé l’un de l’autre. D’un côté, le Japon a disparu et ses habitants se retrouvent dispersés un peu partout dans le monde, avec l’espoir de se réinstaller ailleurs et d’essayer de conserver leur culture à défaut de pouvoir conserver leur pays. De l’autre, la France et l’Angleterre sont réunies et se réconcilient après avoir évité de peu la guerre ouverte. Tout est bien qui finit bien, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…

Quand Amélie Nothomb retourne au Japon…

nothomb1Amélie Nothomb publie comme chaque année à la rentrée son nouveau roman, La nostalgie heureuse, chez Albin Michel. Cette fois-ci, elle relate l’expérience qu’a été pour elle son retour au Japon en 2012, un an après le tsunami et seize ans après l’avoir quitté.

Confrontée à ses souvenirs mais aussi à la réalité du Japon actuel, nous la suivons dans ce court séjour pendant lequel elle ressentira un mélange d’émotions, mais aussi un profond sentiment de vide. La nostalgie heureuse ?

Un livre agréable où l’on retrouve le style et l’univers autocentré d’Amélie Nothomb… et le toucher soyeux de la couverture du livre participe aussi au plaisir de la lecture.

Le septième jour, dernier roman de Yu Hua

Yu Hua vient de publier en Chine son nouveau roman : 第七天 Di qi tian [Le septième jour]. Il n’est donc pas encore disponible en version française. Pour ceux qui ont un niveau suffisant en langue chinoise, n’hésitez pas à vous lancer dans la lecture de ce roman à la fois original dans sa forme et dans lequel Yu Hua continue à décrire la société chinoise contemporaine avec talent.

Dans ce roman, Yu Hua traite de nombreux sujets brûlants comme l’expulsion des habitants de quartiers urbains en rénovation, les restaurateurs devant faire face aux impayés, la maladie des personnes âgées, le mariage, etc. Mais c’est avant tout l’histoire d’un homme qui, au moment de sa mort, se remémore les étapes importantes de sa vie et retrouve son premier amour avant de la perdre définitivement.

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Yu Hua (余华) est un écrivain chinois très connu dans son pays mais aussi à l’étranger. Nombre de ses oeuvres ont été traduites en français, dont Vivre 活着 (adapté au cinéma par Zhang Yimou et avec actrice Gong Li), Le vendeur de sang 许三观卖血记, Brothers 兄弟, La Chine en dix mots 是个词汇的中国, Sur la route à 18 ans, etc.

Monsieur Ho : un voyage original à travers la Chine marginale

00000Un roman original, où l’on voyage à travers la Chine dans le train d’un commissaire au recensement de la population. Le regard de ce fonctionnaire est assez décalé et il nous emmène dans une Chine marginale : une prison de condamnés à mort, un chantier de plantation d’une « ceinture verte », pour se terminer en Mongolie Intérieure, dans une gare oubliée où plus aucun train ne passe…

La vision de l’auteur est très juste, il nous emmène à l’écart des régions surpeuplées de la Chine, à la recherche d’une certaine solitude et tranquillité, impossible à trouver dans le monde urbain toujours en mouvement…

On se demande quel a été le parcours de l’auteur pour en arriver à écrire un tel roman, où l’on est dans la peau de ce petit fonctionnaire discret soudainement nommé pour cette mission stratégique…

Monsieur Ho, de Max Férandon. Editions Carnets Nord, 2013, 160 p.